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Marrakech – Tanger: la fin d’une aventure…

changement du pneu avant d'Elsa qui a bien souffert depuis le départ

Nous voici à Tanger Med, principal port du Maroc, d’où nous partirons demain après-midi (samedi 1er février) vers de nouvelles aventures. « Plus » que 20 heures avant le départ du ferry, et oui, on a plutôt bien roulé cette dernière semaine et du coup on est « un peu » en avance… retour sur nos 640 kilomètres avalés en 8 jours:

Jeudi 23 janvier 2014, 20h30: nous accompagnons Martine et Jessica jusqu’à leur bus qui les emmènera à l’aéroport. Après plus de 3 semaines en compagnie de proches, nous voilà seuls sur la place Jemaa el Fna marchant bras dessus-dessous au milieu de l’effervescence nocturne de Marrakech, déjà nostalgiques de ce mois passé en famille. Le stress de la reprise et l’impatience de reprendre la route ne tarderons pas à nous envahir. Il faut refaire les sacoches, vérifier les freins et que tout fonctionne, se remettre dans le rythme et préparer l’itinéraire des prochains jours (enfin surtout de la sortie de Marrakech)!

face à la koutoubia (c'est plus fort que toi!), un dernier au revoir à Marrakech

Pas de réveil, il ne faut pas abuser non plus. Un dernier petit déjeuner (toujours aussi mauvais) au café Bahia à côté de l’hôtel, une photo face à la Koutoubia et nous voilà lancés dans les ruelles de la médina à l’assaut d’une grande artère. Nous en sortons indemnes grâce au GPS (encore lui!) et notre incomparable agilité au maniement du guidon. Il fait beau, il fait plutôt chaud et nous sommes heureux de retrouver nos t-shirt, shorts et sandales qui nous procurent les meilleures sensations sur nos vélos adorés! Quelle joie de rouler cheveux au vent et surtout de quitter cette ville bruyante et fatigante (trop de monde, trop de bruit, trop de pollution, trop de vendeurs) dont nous commencions à nous lasser. Sur la route les conducteurs sont toujours aussi courtois! Une fois lancés plus rien ne nous arrête. Nous prenons même la décision de rallier Tanger-Med pour le 31 janvier, ce qui signifie 85km/jour pendant les 8 prochains jours.
Pas facile de retrouver les bonnes habitudes dès la première journée. Nous ne trouvons pas d’endroit convenable pour bivouaquer et après un premier refus nous demandons aux gendarmes du barrage routier. On s’attendait un peu à toutes les réactions de leur part mais pas à celle de nous demander nos passeports en premier. C’est notre premier contrôle en plus de 6 semaines sur le territoire et c’est nous qui le déclenchons… on est crevés, le soleil tombe rapidement, on espère qu’ils ne vont pas trop nous embêter! Ils discutent avec le gérant de la station-essence d’à côté et nous autorise à passer la nuit dans le restaurant désaffecté et dégueulasse. On reste devant pour se faire à manger en attendant qu’ils finissent leur journée avec dans la tête l’idée d’aller poser la tente derrière la station. A peine les gendarmes ont-ils quitté les lieux, le gérant nous propose de dormir dans la loge du gardien, on ne se fait pas prier! On déménage immédiatement pour découvrir notre « chambre ». Il nous explique que les gendarmes sont toujours postés là: tous les jours de 7h à 2h! Bien qu’à l’abri et au chaud la nuit sera mauvaise. Plusieurs « à sec » sont venus frapper à la loge pendant la nuit pour faire le plein. Difficile de se remettre des 81km avalés dans la journée.

déjà!

Petit-déj’, remerciements, salut aux flics toujours plantés au même endroit, nous continuons notre route vers l’atlantique. Il fait beau, c’est tout ce qu’il faut pour nous mettre de bonne humeur. 50km avant la première pause. Nous n’avons plus grand chose à nous mettre sous la dent et avalons les quelques dattes clémentines et tomates qu’il nous reste. Une vraie pause pique-nique plus loin, le vent se met à forcir. Après 70km, Elsa n’en peut plus et demande à Ewan de prendre les rênes qui ne tiendra que 10km avant d’avoir mal au genou, il est temps de nous arrêter derrière une maison abandonnée. Il est encore tôt mais cela nous permet de faire un peu de maintenance des vélos et de nous reposer.

lavage de mains après la séance de mécanique

On met du temps à décoller car la tente ne sèche pas! Cette fois la nuit a été bonne et calme. On finit par remballer la tente encore un peu humide et à monter sur nos vélos bien déterminés à arriver à Mohammedia avant la tombée de la nuit. Bref, pour faire plus de 100km dans la journée, il n’y a pas de secret: il faut rouler, rouler et encore rouler! J’espère que vous ne nous en voudrez pas trop pour le peu de photos qu’on vous propose… Sandwich à la vache qui rit et coca/schweppes sont notre carburant pour les derniers kilomètres (enfin la moitié)! Le passage à proximité de Casablanca (capitale culturelle et économique du Maroc) est étrange: une fumée orange flotte dans l’air et s’envole gaiement. Les avions vont et viennent inlassablement au dessus de nos têtes. Encore un petit effort et nous y serons. Le gardien de la résidence de Jules (un français en VIE au Maroc rencontré lors de la visite de la Kasbah de Aït Ben Haddou dans laquelle ont été filmés des scènes de nombreux films) nous prête son téléphone pour le joindre. Nous l’attendrons au café du coin: Melloui, panaché (boisson non alcoolisée à base de fruits mixés) et thé nous requinquent de nos 101km! Nous retrouvons le sourire et de l’énergie. Jules est bien intéressé par nos étranges vélos. Il essayera celui d’Ewan qu’il chevauchera assez facilement. Plâtrée de pâtes à l’appart’ et dodo!

Merveilleuse nuit! Après 262km avalés en 3 jours nous ne pouvons que bien dormir! :) On va prendre le petit déjeuner au café avec Jules et profitons de la connexion wifi pour réserver nos billets, nous parions sur le ferry qui part le 1er février, espérons que nous l’aurons! On se met donc en route en fin de matinée après un petit déjeuner monstrueux qui nous enverra jusqu’au kilomètre 60 sans poser pied à terre! Nous sommes alors aux portes de Rabat (capitale administrative du Maroc) et venons de traverser notre premier bidonville du voyage. Un pizza fera l’affaire avant de traverser sportivement la ville sous la pluie! Heure de pointe, il faut alors s’armer des chaussures qui se clipsent aux pédales et de beaucoup de courage. Droite, gauche, stop! Enfumer une dizaine de voitures au démarrage sans un pet d’essence, c’est excellent!! La route nous mène sur un pont interdit aux vélos. Le Marocain que nous suivons l’emprunte, nous aussi! Il crachine (il pleut nous dirait un Marocain) mais nous ne faiblissons pas. Se frayer son chemin. Regarder droit devant. Forcer. Appuyer sur les pédales. Indiquer qu’on veut déboiter sur la gauche. Regarder droit devant. Changer de file. Foncer. Regarder les gendarmes en leur souriant. Doubler les camions par la droite. Feu rouge, feu vert, rond point, priorité, on fonce! On s’arrête faire le plein d’eau douce à Salé puis on quitte la ville au plus vite. Il est 17 heures (le soleil se couche avant 18 heures), nous quittons la zone urbaine et nous avons fait 80km… nous pouvons trouver un endroit pour bivouaquer! C’est à ce moment même qu’un homme dans sa voiture au bord de la route nous crie de nous arrêter. On hésite mais on s’exécute, bien curieux de savoir ce qu’il nous veut. Nous pensions tous les deux qu’il aimerait prendre son fils en photo sur nos vélos, à tort, car c’est naturellement qu’il nous invite à passer la nuit chez lui avec sa famille.

Simohammed sur le vélo d'Elsa

Ça fait 8 mois qu’on en rêve, que chaque soir, au moment de chercher un lieu où bivouaquer on espère qu’une personne nous propose l’hospitalité: on ne pouvait pas refuser!! Il habite 2km plus loin, tout est parfait, c’est incroyable! Lorsque nous arrivons, toute la famille nous attend dans le salon pour boire le thé et casser la croûte. Les vélos passeront la nuit à l’abri dans l’arrière-cour et ses plus jeunes fils (Simohammed et Aymane) nous prêtent leur chambre. La douche au seau d’eau chaude est excellente et très appréciable après tant de kilomètres. Nous passons la soirée à jouer avec les enfants et à discuter. A 22 heures, le poulet aux olives est servi avec des frites. Un dernier thé avec M. Baraka (surnom que nous avons donné à notre ange car nous n’avons pas réussi à retenir son prénom) pendant lequel il nous explique la difficulté d’avoir deux femmes, enfin surtout au moment de l’annoncer à sa première femme. ;)

Dialogue du jour:
M. Baraka: Au fait, c’est quoi ton prénom?
Ewan: Ewan et ma copine, c’est Elsa.
M. Baraka: Pff, son prénom c’est pas grave, on discutera entre hommes.

des cigognes, encore et toujours!

Réveil à 8h15, le petit déjeuner est prêt à 8h30. Aymane est déjà parti à l’école et Mourad au travail alors que le reste de la famille se joint à nous. Le « lait chaud au blé » est difficile à avaler mais le reste coule tout seul: pain chaud, huile d’olives, vache-qui-rit, confiture, beurre. De quoi encore rouler à fond toute la journée! On discute, on rigole, on prend les photos puis vient le moment de partir. On passe Kénitra sans encombre mais c’est là que les choses se gâtent: la route est pourrie, encombrée de déchets et ça pue. Puis c’est de pire en pire: la route devient piste, les déchets deviennent des gamins qui nous jettent des cailloux et nous poursuivent dans la boue. L’ambiance n’est pas gaie. Puis c’est encore pire. Rien n’a change et la nuit tombe quand nous avons déjà passé les 100km dans la journée! Nous sommes tous les deux décidés à ne pas camper dans cet environnement. On sort les frontales (les lampes de vélos n’ont pas eu le temps d’être réparées), on appuie sur les pédales et on continue.
Après une bifurcation on aperçoit une maison tranquille en hauteur. Un peu d’herbe autour ferait bien l’affaire pour la nuit. Nous allons alors demander l’autorisation de nous y installer. Le gardien est d’accord, mais c’est sans compter sur le co***rd de propriétaire qui pour d’obscures raisons ne souhaite pas que nous campions sur son terrain. Il a peur d’être tenu pour responsable si on nous vole des affaires… Incapable de dire la vérité, il s’enlise dans ses mensonges, le ton monte, Ewan est hors de lui, l’insulte deux ou trois fois de suite et n’ayant aucune répartie le propriétaire préfère partir dans sa grosse mercedes. Quel pu***in de c*n! Nous trouverons finalement refuge dans le réfectoire d’une usine où le gardien très sympa, après nous avoir fait visiter les lignes de conditionnement, nous offrira du pain qui nous fera un repas de fortune avec un peu de (toujours la même) vache-qui-rit. Il faut dormir, car le demain nous devons partir tôt.

c'est pas très beau, pourtant il y en a un peu partout au Maroc...

A 5H45, le réveil sonne, il fait nuit noire, il pleut des cordes et ça va crescendo. L’eau goutte même du toit. Heureusement, l’endroit où nous dormons est exempt de flaques. Le gardien qui nous a indiqué où dormir doit bien connaitre les lieux! Nous nous levons difficilement puis attendons sagement sur nos tabourets en essayant de nous réchauffer qu’il vienne nous donner le signal. Le jour commence tout juste à poindre. La pluie est devenue crachin, c’est pas le top mais nous n’en espérions pas autant il y a une heure. Avec le jour, se lève aussi le vent qui finira par tellement nous user que nous arriverons à Larache à l’arrache. Nous nous arrêtons dans le premier café pour prendre le petit déjeuner. Déjà plus de 40 bornes au compteur, nous avons froid et sommes trempés: nous passerons le reste de la journée dans cette ville et y dormirons à l’hôtel. 1/2 journée de repos, nous en profitons pour ne rien faire! Elsa a mal aux jambes, nous nous couchons tôt!

on y est presque! :)

Il est seulement 8h30 quand nous nous réveillons, il nous reste environ 120km jusqu’au port et nous avons deux jours et demi pour y parvenir. Nous prenons la route avec pour idée de camper aux portes de Tanger. Un casse-croûte à Asilah (ou debout là-bas, c’est comme vous préférez) et c’est reparti. Elsa se fait encore arnaquer sur les prix à l’épicerie, ça la met en rage et on avale trop de kilomètres… nous sommes déjà à Tanger. Pas un endroit où camper et plus que quelques dirhams en poche… ça sent la fin du Maroc mais il nous reste encore une nuit à passer avant d’arriver au port. Nous décidons d’aller tenter notre chance à notre hôtel d’arrivée: le Dar Omar Khayam qui nous avait plutôt bien reçu. Nous y voilà, crevés (encore 92km aujourd’hui!) mais heureux d’être arrivés. Le gérant de l’hôtel avec lequel nous avions bien discuté quelques semaines plus tôt n’est pas là. Nous finissons par prendre une chambre. Ewan a mal au ventre et une bonne nuit dans un lit lui fera le plus grand bien. Malheureusement, la chambre est bien au dessous des qualités qu’on connaissait à l’hôtel car l’humidité de la chambre et des draps nous feront passer une piètre nuit à greloter. Nous sommes vraiment déçus d’y être retournés et d’avoir rechangé des euros en dirhams rien que pour cette nuit!! Nous profitons de l’accès au wifi une bonne partie de la matinée (il pleut!) puis enfourchons nos montures en direction du port de Tanger Med à une quarantaine de kilomètres de Tanger-ville. La boucle marocaine étant déjà bouclée depuis la veille, c’est le « noeud » que nous faisons en longeant une nouvelle fois la côte nord. Pause pique-nique, pause courses, pause achat de tajines. Nous sommes fin prêts pour nos 21 heures d’attente à la gare maritime: pourvu que le ferry soit à l’heure! ;)

avec nos hôtes d'un soir: choukran bezèf!

Comme le nombre de photos est inversement proportionnel au nombre de kilomètres parcourus dans la journée, nous en avons très peu de cette étape. Elles sont quand même là!

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2 réponses à Marrakech – Tanger: la fin d’une aventure…

  1. alain dit :

    pouvez me donner des renseignements sur votre voyage ( materiel à emporter , durée du voyage , route à prendre au MAROC … etc )
    j’envisage de faire tanger ouerzazate en octobre avec un copin
    merci

    • Elsa&Ewan dit :

      Bonjour Alain,
      tout dépend de la route que vous voulez enprunter. Nous avons coupé par Ifrane pour rejoindre Marrakech mais enseuite nous ne sommes pas allés à Ouarzazate à vélo car nous avions de la visite. Pour le matériel, itinéraire précis, etc. N’hésitez pas à nous poser vos questions précises par email, ça sera plus facile. (Rubrique « contact »)
      Elsa & Ewan.

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